... j’ai rencontré des afrikaners (2/2)

Attention : Même avertissement que dans l’article précédent : je ne prétends pas ici tout connaitre sur les afrikaners. J’ai passé un mois à faire du volontariat à 2 endroits différents : ici et . Ce que j’écris dans cet article sont juste mes impressions ressenties suite aux discussions avec mes hôtes, agrémentés de recherches pour tenter de distinguer le vrai du faux.

J’ai fait mon second volontariat à la ferme Sans Souci, au nord de l’Afrique du Sud, entre Durban et le Lesotho. A la base, c’est une exploitation forestière de 564 hectares où l’on élève aussi accessoirement des moutons et des chevaux. Il y a un gîte à louer, un camping et ils proposent des balades à cheval aux touristes. La ferme appartient à Rick, le grand-père. Son fils, Patrick, s’occupe de l’exploitation du bois et des moutons. Heidi, la femme de Patrick, s’occupe des chevaux. Au départ, elle était cowgirl. Quand je les ai rencontrés, ils venaient d’avoir une fille.

Du côté du fils :

Vers le milieu de la matinée, c’est la pause à la scierie. Patrick donne du pap, une bouillie de maïs moulu, aux travailleurs. La plupart d’entre eux sont venus le ventre vide. Patrick avait remarqué un ralentissement du travail en fin de matinée. Il a donc décidé de les nourrir avec ce plat typique, qui pour certains est le seul de la journée, afin de ne pas baisser la productivité.

Je n’ai pas réussi à échanger avec les travailleurs. Ils parlent leur dialecte ou un peu l’afrikaans. Seul l’un d’entre eux, qui s’appelait Welcome, parlait anglais et souhaitait discuter mais les cowgirls n’étaient pas très expansives avec lui. C’est dommage car j’aurai vraiment souhaité avoir le point de vue des ces employés.

Du côté du père :

Je vivais avec les 2 cowgirls dans la maison de Rick. Le salon est décoré avec les trophées de chasse : une peau de zèbre, des têtes d’antilope, une photo de lui posant fièrement son pied sur un lion mort… Ce n’est pas du tout à mon goût mais Rick est ravi de me raconter les parties de chasse de sa jeunesse. En Afrique du Sud, les chasses organisées avec des lions habitués aux hommes et nourris juste avant d’être lâchés dans une zone clôturée où ils ne pourront pas échapper au fusil sont fréquentes. Pleins de réserves proposent des voyages de chasse, des safaris pour tuer… Voici des informations plus détaillées sur le « canned hunting » (chasse en boîte) dans cet article  et dans celui-ci.

Le salon décoré de trophées de chasse

Outre sa passion pour la chasse, Rick m’explique qu’il a fait le choix de licencier tous ses employés noirs de la scierie pour ne pas avoir à leur donner de terres. D’après ses dires, s’ils travaillaient dans l’exploitation depuis plus de X années, alors une loi post apartheid l’obligeait à leur céder une bonne partie de ses terres. Ceci est impensable pour Rick, d’abord car il vient à peine de rembourser les crédits sur ces terres après une vie de dur labeur et d’autres part car il a vu ce que cela donnait chez ses voisins : d’après lui, donner les terres est un gâchis car les Noirs ne s’en occupent pas. Ils ne savent pas comment faire et ne veulent pas savoir. Ils auraient même détruit l’école que les Afrikans avaient construite pour eux. J’insiste ici sur le fait que je rapporte les paroles de Rick et que je n’ai pas eu la preuve de la réalité de ses propos. Voici cependant ce que j’ai pu trouver dans la Constitution sud-africaine de 1996 : dans l’article 25, il est écrit qu’une personne ou une communauté qui a été dépossédée de ses terres après le 19 juin 1913 suite à des lois ou des pratiques discriminatoires a droit soit à une restitution de la propriété soit à une compensation équitable.

Rick, le grand-père propriétaire

Il m’a été difficile de réagir face à ces comportements que, en tant que française, je juge racistes. Tout cela doit être remis dans le contexte post apartheid qui ne justifie rien, certes, mais explique des réactions qui peuvent paraître choquantes vues de l’extérieur.

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